C’est officiel, la bataille technologique se déroule désormais sur le terrain politique. Devant les représentants de la French Tech, Emmanuel Macron a tenu à rassurer les acteurs français de l’innovation et a tranché : la France va prendre le tournant de la 5G ! Pour justifier cette décision sur le sujet épineux de cette technologie qui nous promet une révolution, notre président a évoqué que le « retour à la lampe à huile » n’était pas une option et qu’il ne croyait pas au modèle Amish.  

 

Dans un pays durement touché par la crise, les bonnes nouvelles sont toujours bonnes à prendre. 7 milliards sur la table pour la transformation digitale de l’Etat mais surtout une phrase qui ne peut pas laisser les acteurs de la tech indifférent : « Sur la 5G et sur beaucoup d’autres sujets, on ne doit dépendre d’aucune puissance non européenne » !  

 

Une phrase lourde de sens et de conséquence.  

Tout d’abord, elle légitime la création ou tout du moins la montée en puissance de la tech européenne à l’échelle mondiale. Faute de pouvoir être premier de cordée, Emmanuel Macron souhaite que la France fasse partie du voyage destination innovations. Du talent, des licornes et des succès, la France en regorge. 2,6 milliards investis en France en 2017, 5 milliards l’année dernière et 2,7 milliards sur les 6 premiers mois 2020. C’est bien, voire très bien. Mais c’est encore loin d’un Tencent qui a annoncé en mai dernier investir 60 milliards dans les technologies liées au Cloud, à l’IA, la blockchain et la 5G… 

Et si cette phrase est prise au pied de la lettre, cette 5G doit être européenne. Mais quand on sait que les principaux acteurs qui font tourner cette technologie sont en dehors de notre continent. Huawei, ZTE, Samsung. Comment faire ? L’Europe n’a pourtant pas dit son dernier mot. Nokia (Finlande) et Ericsson (Suède) sont désormais les derniers remparts face à l’hégémonie chinoise et coréenne. Charge à eux de démontrer rapidement leur capacité à bâtir un réseau fiable et puissant dans les prochaines semaines. Ce réseau dont on estime des retombées économiques de plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici 5 ans et des millions d’emplois à la clé. ! Nokia, Ericsson, l’Europe a besoin de vous ! 

 

Alors qu’en est-il des autres acteurs de la 5G ? 

La chine et les USA trustent 99% du marché mondial des smartphones. Ce n’est donc pas sur ce terrain-là que l’Europe pourra se battre. Emmanuel Macron a évoqué la bataille du cloud que l’on sait décisive pour conserver une souveraineté de données, mais qui a pris énormément de retard en Europe. L’intelligence artificielle et la blockchain comptent quelques acteurs européens, mais sans commune mesure avec leurs concurrents. 

 

Cette déclaration démontre quoiqu’il en soit l’envie d’une Europe forte et unie, d’une Europe déterminée à supporter ses acteurs locaux et une Europe qui sait parfaitement que cette bataille, débutée certes trop tard, se joue maintenant ! Les enchères 5G débutent à la fin du mois, les téléphones sont commercialisés, les antennes se positionnent sur le territoire, les opérateurs sont prêts à dégainer (encore quelques dissensions, mais globalement ils sont prêts), les consommateurs attendent leur révolution ! 

 

Qui sont les gagnants et les perdants de cette annonce ? 

Les accords stratégiques de SFR et Bouygues Telecom avec Huawei peuvent pâtir de cette décision. Il en va de même pour toutes les technologies asiatiques liées à la 5G. En revanche, des marques telles que Qualcomm, qui a noué des accords très forts avec Nokia et Ericsson, peuvent être largement plébiscitées. La guerre sino américaine a finalement gagné l’Europe !