« W Series ». Ce concept ne vous dit rien ? Il s’agit d’une compétition automobile junior uniquement réservée aux jeunes femmes en vue d’intégrer, à terme, le championnat du monde de Formule 1. Cette exclusivité de genre est sans précédent dans le sport automobile, et pour cause : si la discipline est par définition mixte, force est de constater que de Juan Manuel Fangio à Lewis Hamilton, les pilotes officiels de Formule 1 ont tous, sans exception, été des hommes depuis 70 ans. Le lancement de la Women Series en octobre 2018 vise à ce titre à ouvrir le sport automobile à un public féminin, et à remédier à l’absence des femmes d’une discipline sportive dans laquelle elles peuvent pourtant exceller au même titre que leurs alter-égos masculins.

La Formule 1 reste un sport très physique : en effet, chaque pilote perd en moyenne trois kilogrammes à l’issue d’une course d’une heure et demi ; et la force exercée durant chaque phase d’accélération et de décélération d’une monoplace – les fameux « G » - exigent de l’athlète une préparation infaillible de l’ensemble du corps, notamment le cou. Il ne s’agit pas là de nier les différences physiques entre les femmes et les hommes. Il ne s’agit pas de prétendre qu’en moyenne, les femmes peuvent courir plus vite, servir plus fort, ou porter plus lourd. En revanche, et contrairement à d’autres sports, les différences biologiques et physiques entre les deux sexes sont négligeables lorsqu’il s’agit de sport automobile – donc de Formule 1-, ce qui légitime d’autant plus la mixité au sein de cette discipline.

Quels sont les critères requis pour faire partie des 20 pilotes qui composent la grille de départ chaque année ? Une excellente forme physique, une faible taille, une faible masse, du talent, du courage, de la dextérité, de l’intelligence de course et des qualités interpersonnelles. Partant de ce constat, qui peut prétendre qu’une femme ne saurait rendre la réplique aux plus grands champions du moment ? Sur le papier, peu de monde.

Pourtant, en réalité, deux écueils ralentissent cette mixité. Premièrement, la culture et les mœurs : le cloisonnement sociétal qui continue d’attribuer le monopole des sports mécaniques aux hommes n’y est pas étranger. Cette vision genrée a naturellement créé un manque d'engagement des femmes dans une discipline déjà très sélective. De ce point de vue, il n’est pas certain que l’avènement de la W Series puisse déboucher sur une Formule 1 mixte ; au contraire, elle pourrait compartimenter le sport d’autant plus en créant un championnat exclusif aux hommes et un autre exclusif aux femmes.

Deuxièmement, la F1 comme sport-business : la discipline, compte tenu des sommes astronomiques qu’elle exige des écuries engagées, s'appuie de plus en plus sur des pilotes dits « payants », donc tributaires d'un sponsor ou d’un carnet d’adresses. Et malheureusement, si quelques pilotes féminines se sont distinguées ces dernières années à l’occasion d’essais privés et d’opérations promotionnelles, elles n’ont jamais époustouflé le paddock par leur talent, ce qui tend à desservir la cause.

Selon Catherine Bond, la directrice Chief Executive Officer de la W Series, « l’avènement de courses automobiles exclusivement féminines est une inspiration qui se diffuse bien au-delà de la piste ». Si ce constat est vérifiable, il doit être accompagné d’un changement profond des mentalités et d’un objectif de mixité dans le sport, sans quoi ce championnat féminin n’aura à son crédit qu’un effet de buzz.

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