C’est l’histoire de mammifères terrestres de tous les records, intelligents, fascinants, sensibles, doués d’innombrables talents et d’un grand atout devenu leur pire épée de Damoclès : la possession de défenses en ivoire. Faire de l’artisanat à partir de matières animales, rien de bien nouveau dans l’histoire de l’Humanité, sauf que dans ce cas précis (et celui d’autres espèces qui y laissent aussi leur peau) on assiste à un « marché » tellement déséquilibré qu’il est parti pour éradiquer les éléphants de notre planète au cours de ce siècle.

Le déclin de leur population a déjà bien été amorcé au cours du XXème siècle et ce pour de multiples raisons, mais c’est bien le braconnage de l’ivoire qui de nos jours menace l’espèce d’extinction. Un éléphant est tué toutes les 15 minutes, soit 30 000 par an.

Les pays du monde ont quasiment tous pris des mesures pour interdire le commerce de l’ivoire, et une très forte communication des ONG a été mise en place depuis des années pour tirer le signal d’alarme. Désormais nul n’ignore que les éléphants, comme les rhinocéros ou encore les gorilles, sont en voie de disparition. Oui mais le drame, c’est qu’il demeure un véritable marché (dont la demande ne s’est jamais aussi bien portée !) concentré essentiellement en Chine, où la possession d’ivoire est un signe extérieur de richesse. Dans un pays où le nombre de riches a été multiplié par 9 en 10 ans, on peut appeler cela une très mauvaise nouvelle.

Force est de constater pour nous – professionnels de la communication – que les meilleures campagnes de sensibilisation, bien menées et touchant leur cible (puisque tout le monde connaît désormais le message), ne sont parfois que peu de choses face à la satisfaction ressentie par les humains à posséder, consommer et capitaliser. Se grandir de ce qu’ils ont su ramener chez eux, se glorifier d’avoir appauvri la nature. La communication éthique est-elle réellement capable de responsabiliser les consommateurs ?

A la suite de la récente publication du Rapport Planète Vivante par le WWF, où l’on a appris non sans un certain agacement que 60% des populations d’animaux sauvages ont disparu de la Terre en 40 ans, on a vu pleuvoir les articles de presse rappelant aux lecteurs que les animaux sont véritablement utiles à la planète, aux écosystèmes, et donc aussi à nous-mêmes. Est-ce donc de cela qu’il s’agit ? De prouver scientifiquement que nous avons besoin des animaux et des végétaux ? Ne peut-on pas se contenter d’apprécier leur existence, leur incroyable diversité, sans vouloir en habiller nos maisons ? A l’heure où nous devrons expliquer à nos enfants que nous avons assisté voire contribué à l’extinction du plus grand mammifère terrestre, comment le justifierons-nous ? Qu’irons-nous bien inventer pour rendre raisonnable un phénomène qui ne l’a jamais été ?

Il vaut parfois mieux pour la communication qu’elle soit au service de la consommation, plutôt qu’elle s’oppose à son mécanisme essentiel : l’envie de posséder.