La Cité de la Réussite, événement incontournable organisé à la Sorbonne et reconnu pour la qualité grandiose de ses intervenants, faisait cette année la part belle à la transmission. Attachée de presse, mon métier est de transmettre des informations, je me suis naturellement sentie concernée par le thème. 

J'ai assisté à la table-ronde d'ouverture du grand amphithéâtre, un écrin classé au titre des Monuments historiques, qui accueillait sur scène trois hommes passionnants... et surtout passionnés : Georges Haddad, Président de la Sorbonne, Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, et Idriss Aberkane, Docteur en neuro-sciences. 

Animés par le micro dynamique et non sans farces du journaliste David Abiker, qui a d'ailleurs relevé avec sarcasme le risque quasi-légal de nos jours d'inviter uniquement des hommes sur scène, ils ont discuté autour du thème « Comment transmettre et partager les savoirs ? ».

A l'heure de l'intelligence « artificielle » et des robots en tous genres, on pourrait être tenté de se demander si l'Homme a encore sa raison d'être sur terre, et s'il ne ferait pas mieux de suivre Elon Musk à la recherche d'une autre planète habitable et de moyens de transports pour s'y rendre .

Pourtant, j'ai été particulièrement inspirée par le discours d'Idriss Aberkane, dont j'avais déjà lu le livre Libérez votre cerveau. Ce dernier, grâce aux évolutions de la science, permises par les nouvelles technologies, redonne véritablement ses lettres de noblesse à l'Homme et au cerveau, qu'il considère de « merveilleusement élégant ». N'est-ce pas merveilleux ? Il dénonce une société industrialisée dès la petite école, focalisée sur le Produit Intérieur Brut davantage que sur le « bonheur national brut »,. 

Selon lui dans le monde actuel, « produire ou s'épanouir, il faut choisir. » Dans le somptueux amphithéâtre, et après quelques injonctions faites sur un ton relativement détendu qui lui est propre, parce que malgré la sagesse de son discours, le Docteur n'est que dans la jeunesse de sa trentaine, Idriss Aberkane justifie : « Pardon pour le lexique scatologique, mais pour moi tuer la passion est encore plus vulgaire. »

En effet, selon lui l'école ne sait pas capter les étudiants, qui sont souvent en salle de classe autant en souffrance que leur professeur. Quand au monde du travail ? Aberkane rappelle que la racine du mot vient du latin tripalium, un instrument de torture. « Le ton est donné », souligne-t-il en souriant. 

La solution, pour le neuro-docteur ? Le jeu ! .Celui-ci capte l'attention, et permettrait deux corrections par seconde, ce qui permet d'apprendre très vite, sans souffrir. D'ailleurs, l'intervenant démontre l'efficacité du jeu en rappelant que quand TF1 veut vendre à prix très élevés des espaces publicitaires, c'est du football qui passe à la télévision. « Et c'est pour cela que Neymar est beaucoup mieux payé que moi », regrette-t-il.

Pour les sceptiques de l'innovation qui ne seraient pas convaincus par le travail d'Idriss Aberkane, permis par les nouvelles technologies au bénéfice des sciences, l'intervenant Boris Cyrulnik rappelle une anecdote historique. 

Au XIIIe siècle les Mongols ont envahi l'Europe jusqu'à Vienne grâce à une invention : l'étrier... qui leur permettait de mieux tenir sur leurs chevaux que les occidentaux à califourchon. Le neuro-psychiatre né en 1937 se veut rassurant et enthousiaste quand à l'innovation et au futur. Pourtant, il rappelle que dans un monde dans lequel les écrans prennent de plus en plus de place, il faut faire attention au manque d'altérités, qui selon lui mènent à la perversion. La solution selon Cyrulnik ? Utiliser les écrans pour créer des opportunités de rencontres dans la vraie vie, ou remettre l'Homme au centre en utilisant mieux les nouvelles technologies.

Enfin, parce que le public avait également la parole pendant La Cité de la Réussite, un parent inquiet a interpellé les inspirants intervenants. « Quels conseils donner aux parents dont les enfants sont plus intéressés par les jeux vidéos que par les livres ? » Geoges Haddad, répond à cela qu'il faut arrêter de se battre contre Fifa et autres Nintendos, et qu'il faut montrer l'exemple aux enfants, en lisant soi-même des livres devant eux. 

D'ailleurs ce dernier, à l'instar du discours des deux autres, insistait sur le fait que la transmission n'est rien d'autre qu'une histoire d'amour. Emigrant en France alors pré-adolescent, il a permis à sa maman d'obtenir son baccalauréat en lui restituant le soir à la maison les cours qu'il avait suivi pendant la journée, à elle qui n'avait eu la chance de faire des études en Tunisie, leur pays d'origine.

« Personne ne devient prix Nobel par défaut, on ne peut devenir expert que par amour et par passion. », rappelait également Idriss Aberkane. Attachés de presse chez Hotwire, cette phrase ne peut-elle pas que sonner juste ? Nous sommes en contact quotidien avec des entreprises au succès souvent international, qui veulent changer le monde grâce à la cybersécurité, au e-commerce, à l'intelligence artificielle et autres objets connectés.

 Et finalement, de leurs fondateurs ou portes-parole, n'est-ce pas avant tout de la passion débordante qu’aux journalistes nous proposons ?

Aliénor Gamerdinger